Prologue Dossard 1112

COUVERTURE finale mini

Paris – novembre 2013

On n’arrive pas au triathlon longue distance par hasard.

On ne s’aventure pas par hasard sur les routes d’Embrun le 15 août ou sur celles de l’arrière-pays niçois le dernier dimanche de juin.

On y arrive parce qu’on a quelque chose à dire. Aux autres, un peu, mais surtout à soi-même.

On y arrive parce que la vie a été chienne et qu’elle nous doit une revanche, ou au contraire parce qu’elle a été trop douce et qu’on souhaite lui montrer qu’on est là, que l’on n’a pas oublié d’exister.

Pour moi, ce fut les deux.

C’est pour certains une décision qui s’impose presque du jour au lendemain, un acte de révolte, un coup de sang qui fait péter les chaînes d’une existence trop morne. C’est pour d’autres, dont je suis, une décision qui peu à peu prend forme, la curiosité cédant le pas à la passion, une foulée après l’autre, de tour de roues en tour de roues.

Pour tous, c’est un choix de vie. Pour quelques-uns, pour beaucoup peut-être, ce sera l’aventure de leur vie.

Le triathlon longue distance n’est pas une question de vie ou de mort, comme certaines arrivées de course peuvent le laisser penser, non. C’est bien plus important que ça.

J’ai terminé l’Embrunman après quatre ans de triathlon. Quatre ans durant lesquels j’ai, pour la première fois de ma vie, appris à souffrir. J’ai souffert, oui, pour aller au bout de ces compétitions d’un autre monde ou pour les préparer, parfois plus encore. Et d’une certaine manière, de cette souffrance choisie, j’ai fait une armure. Une armure qui m’a permis d’affronter sans sombrer la solitude d’un foyer sans amour, d’un quotidien sans le sourire solaire de ma fillette adorée… C’est ainsi protégé que j’ai vu aussi, impuissant mais debout, ma petite Mum descendre au fond du gouffre… C’est cette armure enfin qui m’a permis d’accompagner vers la mort ma sœur unique et chérie sans me consumer, ou du moins pas totalement… Souffrance contre souffrance, donc, douleur contre douleur. Le mal par le mal, en somme.

Mais l’histoire ne s’arrête pas aux larmes, car chaque revers a sa médaille. La vie m’a rattrapé, à 40 ans, vacharde, aveugle, comme elle sait l’être souvent, certes. Et pourtant… Pourtant j’ai arraché à ce sombre voyage de vrais instants de grâce.

Il y a eu ces arrivées de course, uniques, transcendantes et le sentiment d’absolu qu’elles m’ont laissé souvent. Il y a eu avec ma fillette ces moments de partage presque surréalistes, magnifiés par l’absence, et notre relation agrandie par le vide. Il y a eu, avec quelques jolies femmes, des séquences de séduction et d’autres d’érotisme au goût d’éternité. Et il y a eu avec Mu, durant sa courte année d’agonie, de purs moments de vérité. Enfin, tout au bout du rouleau, il reste encore la Mum, amochée certes, mais vivante et aimante.

Le tri s’est mêlé à ma vie, le tri s’est mêlé de ma vie dans un improbable pas de deux fait de souffrances et de joies.

Pour le meilleur.

Pour le pire.

Parce que sans doute il le fallait.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s